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For a Lady Pope

L’Eglise est-elle capable de s’adapter aux idées de son temps ?

Les observateurs du Vatican scrutent la manière dont le pape François fera évoluer la pastorale de l’Eglise et donc la doctrine, puisque l’une ne va pas sans l’autre. Pastorale et doctrine sont, en effet, liées étroitement. A ce jour, en novembre 2014, ils constatent que l’on en revient à nouveau à un combat entre conservateurs et progressistes. Cette division entre les deux clans s’est manifestée au Synode sur la famille qui s’est réuni en octobre 2014.

En parcourant l’histoire de l’Eglise de ces deux deniers siècles, chacun est en droit de se poser la question de savoir si l’Eglise est capable de faire face aux changements des mentalités, et de changer ou de faire évoluer, partiellement du moins, sa doctrine.

Jetons un bref regard en arrière sur l’attitude du Saint Siège quant aux évolutions des idées. Ne remontons qu’à la crise moderniste qui a eu pour cadre les profonds bouleversements qui traversèrent l'Europe au XIXème siècle et au début du XXème siècle.

Quelles sont les grandes idées qui traversèrent et bouleversèrent ces deux siècles d’histoire, en Europe du moins ? Ce furent notamment la liberté de presse, la liberté de conscience, la lutte contre l’esclavage, la démocratie, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’émancipation des femmes, … Plusieurs idées avaient déjà été lancées durant le fameux siècle des Lumières (XVIIIème siècle).

Examinons concrètement les positions de Rome sur ces différents thèmes. En d’autres mots, les papes ont-ils été des précurseurs de ces idées ou ont-ils fait obstruction à leur développement ?

La liberté de presse, par exemple, fut durement condamnée par Grégoire XVI en 1832 (Mirari Vos) : « la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n'aura jamais assez d'horreur et que certains hommes osant, avec tant de bruit et tant d'insistance, demander et étendre partout. » Quel pape cautionnerait aujourd’hui de tels propos ?

Quant à la liberté de conscience, Pie IX en 1864 (Syllabus) n’admet pas que «  la liberté de conscience et des cultes puisse être un droit propre à chaque homme ». Toujours dans le Syllabus, Pie IX condamne explicitement le rationalisme, la liberté d'opinion, la liberté de culte[] et la séparation de l'Église et de l'État[].

En 1866, Pie IX signe une instruction du Saint-Office[   ][ ]qui justifie l'esclavage : «L'esclavage, en lui-même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage, et celles-ci se réfèrent à des théologiens approuvés... Il n'est pas contraire au droit naturel et divin pour un esclave, qu'il soit vendu, acheté, échangé ou donné.» Cette position de Pie IX est en contradiction avec celles de plusieurs de ses prédécesseurs.

Léon XIII corrigera cette grossière erreur. L'opposition de l'Eglise à l'esclavage et au commerce des humains est à nouveau affirmée le 5 mai 1888 par Léon XIII dans l'encyclique In Plurimis puis le 20 novembre 1890 dans Catholicae Ecclesiae : des encycliques « sur l'abolition de l'esclavage ».

Cent ans auparavant déjà, en 1775, soit un an avant la déclaration d'indépendance des États-Unis, les quakers créent la première société antiesclavagiste d’Amérique du Nord.

Le pape Léon XIII, que l’on présente à juste titre comme le fondateur de la doctrine sociale de l’Eglise (Rerum Novarum en 1891), refusait quant à lui, dans son Encyclique Diuturnum, en 1880, la démocratie dans son acception actuelle, c’est-à-dire le régime politique dans lequel le peuple exerce la souveraineté. Il écrivait « Aujourd'hui, on va plus loin; bon nombre de Nos contemporains prétendent que tout pouvoir vient du peuple; que, par suite, l'autorité n'appartient pas en propre à ceux qui l'exercent, mais à titre de mandat populaire, et sous cette réserve que la volonté du peuple peut toujours retirer à ses mandataires la puissance qu'elle leur a déléguée. (…) Refuser de rapporter à Dieu comme à sa source le droit de commander aux hommes, c'est vouloir ôter à la puissance publique et tout son éclat et toute sa vigueur. » Y-a-t-il encore un pape qui publierait de telles énormités ?

Sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, en 1906, le pape Pie X écrit (Vehementer nos) : « Qu'il faille séparer l'Etat de l'Eglise, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur.» Ce discours est vieux d’à peine une centaine d’années.

Ecoutez la suite : « L’Eglise est par essence une société inégale, c'est-à-dire une société comprenant deux catégories de personnes: les pasteurs et le troupeau, ceux qui occupent un rang dans les différents degrés de la hiérarchie et la multitude des fidèles; et ces catégories sont tellement distinctes entre elles, que, dans le corps pastoral seul, résident le droit et l'autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société. »

Quant à la multitude, elle n'a pas d'autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. »

Pour ces deux dernières phrases, de nombreux évêques, hélas, partagent encore cette façon de voir très moyenâgeuse.

Ce retour en arrière permet néanmoins de se rendre compte combien les positions de l’Eglise ont été systématiquement rétrogrades dans des domaines cruciaux : liberté de presse, liberté de conscience, démocratie, ....

 

Certes, direz-vous, c’est un peu facile de remonter le temps et de retourner il y a plus d’un siècle voire deux siècles. Depuis, nous avons connu, au début des années 1960, le concile Vatican II qui a remis les pendules à l’heure et a renoncé à cette attitude défensive. Effectivement, Vatican II a corrigé bien des choses, mais il a fallu du temps pour que l’Eglise accepte les changements survenus dans la société civile.

L’adaptation de l’Eglise ne s’est pas faite sans peine et sans grincements de dents. Elle a quand même eu lieu, mais avec un retard déplorable et blâmable. En fait, l’Eglise est en quelque sorte rentrée dans le rang sans proclamer que les contenus de plusieurs encycliques ont été des erreurs graves, pour ne pas dire des errements fautifs.

Il est vrai que certaines déclarations de repentance ont été exprimées durant ces dernières décennies. Ce fut le cas l’égard des juifs et aussi dans l’affaire Galilée.  Mais, en général, l’Eglise ne revient pas sur le passé et, en douce, admet finalement les idées qu’elle a tant combattues.

Rien n’interdit donc que l’Eglise ne revoie aujourd’hui - ou demain - sa doctrine morale et familiale, comme elle a revu fondamentalement sa doctrine dans les domaines sociaux et politiques. 

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