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Le Synode 2014 sur la famille

Le premier Synode de l’Eglise sur la famille s’est achevé en octobre 2014. Le second se réunira en octobre 2015. De nombreux fidèles se demandent si l’Eglise est prête à faire évoluer sa pastorale et donc sa doctrine sur la famille. Les points attendus étaient essentiellement les positions sur l’interdiction des moyens de contraception, sur le sort des divorcés remariés, sur la pratique de la fécondation in vitro, sur les couples hors mariage, sur l’homosexualité...

Le rapport final du Synode 2014 est en fait un inventaire de situations difficiles que vivent les fidèles, et de questions pastorales qui en découlent. Le langage des encycliques du siècle précédent (Casti Connubii de 1930 et Humanae Vitae de 1968) a été banni. On n’utilise plus les termes provoquants tels que « intrinsèquement déshonnête », « illicite et honteux », « absolument à exclure »…

Plusieurs évêques avaient émis ouvertement leur souci d’ouverture, notamment le cardinal Kasper à Rome, Mgr Housset en France et de Mgr Bonny en Belgique.

Le cardinal Walter Kasper, un proche du pape François (mais peut-il être considéré comme exprimant l’opinion du pape ?), a donné des interviews et fait paraître un livre « L’Evangile de la famille ». Il évoque le besoin d’un nouveau catéchisme sur la vie de famille, sur la sexualité, dans un langage clair, compréhensible, compassionnel et abordable pour notre époque. Il ose affirmer que « personne ne saisit le langage officiel de la doctrine de l’Église. »

D’autres prélats avaient annoncé leur opposition à tout changement doctrinal. Cinq cardinaux avaient, peu de jours avant l’ouverture du Synode, affirmé leur position en éditant un livre intitulé « Demeurer dans la vérité du Christ » publié en cinq langues. Parmi ces prélats, s’est manifesté le cardinal Gerhard Ludwig Müller, une très grosse pointure, puisqu’il est le préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi, le gardien de la doctrine en quelque sorte. Ces cardinaux contestent tout changement concernant par exemple les interdictions imposées aux divorcés remariés.

Que peut-on relever dans le rapport final du Synode 2014 ? C’est en fait un inventaire de situations difficiles que vivent certains fidèles, et un inventaire de questions pastorales qui en découlent. Le langage des encycliques du siècle précédent (Casti Connubii de 1930 et Humanae Vitae de 1968) a été banni. On n’utilise plus les termes provoquants tels que « intrinsèquement déshonnête », « illicite et honteux », « absolument à exclure »…

On en revient enfin à un langage plus proche des Evangiles, moins dogmatique, moins intransigeant, moins arrogant.

Quels sont les constats ? Quelles sont les solutions préconisées ?

Le Synode reconnait que la réalité sociale est complexe et que les familles affrontent des défis importants. Il souligne les périodes délicates comme les premières années de mariage, demandant un accompagnement pastoral.

Il aborde également les situations plus particulières :

-          Le Synode prend acte, en quelque sorte, du fait que le concubinage est choisi souvent dans l’attente d’un mariage, du fait aussi que l’union civile est préférée à mariage perçu financièrement comme un luxe… « Toutes ces situations, poursuit le rapport, doivent être affrontées de manière constructive, en essayant de les transformer en l’opportunité de cheminer vers la plénitude du mariage et de la famille, à la lumière de l’Évangile. Il s’agit de les accueillir et de les accompagner avec patience et délicatesse. » Finies donc les condamnations primaires.

-          En ce qui concerne les personnes séparées, divorcées, ou celles qui sont abandonnées, « un grand nombre de pères du Synode ont souligné la nécessité de rendre les procédures de reconnaissance des cas de nullité du mariage plus accessibles.  Il s’agit d’établir la vérité sur la validité du lien. »

-          Les évêques ont réfléchi à la possibilité pour les divorcés remariés d’accéder aux sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie. Une division est apparue entre d’une part  des pères synodaux favorable à la discipline actuelle (pas de sacrements) et d’autres ouverts à un accueil non généralisé à la table eucharistique, dans certaines situations particulières et à des conditions bien précises. Dans cette hypothèse, l’éventuel accès aux sacrements devrait être précédé d’un chemin pénitentiel sous la responsabilité de l’évêque diocésain. Le conflit entre les deux tendances a été rude et rien n’a été tranché.

-          Le Synode a confirmé qu’il n’y aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille. » Néanmoins, précise le rapport, « les hommes et les femmes à tendance homosexuelle doivent être accueillis avec respect et délicatesse ».

-          Quant aux méthodes de contraception, le Synode propose de « redécouvrir le message de l’encyclique Humanae vitae de Paul VI, qui souligne la nécessité de respecter la dignité de la personne dans l’évaluation morale des méthodes de contrôle des naissances. » On sait ce qu’il en est de cette encyclique à propos de l’interdiction absolue des moyens de contraception tels que le préservatif, la pilule, le stérilet, …

Que conclure ?

La forme a changé. Les déclarations faites au cours des années précédentes ont été proscrites, comme celles du cardinal Angelo Bagnasco affirmant le 1er avril 2007 que "légaliser les rapports de vie en commun équivaudrait à reconnaître la pédophilie et l’inceste" ou celles du cardinal mexicain, Javier Lozano Barragan, qui osait dire le 4 décembre 2009 : "Les transsexuels et les homosexuels n’entreront jamais au Royaume des cieux". Il a ajouté : « Ce sont tout de même des personnes et il faut donc les respecter ». Le Synode a donc revu les apparences et  repris en quelque sorte le langage plus soft du pape François qui le 29 juillet 2013 déclarait : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? »

Quant au fond, rien n’a changé.

Par exemple, la plus invraisemblable des positions du Synode continue à être celle à l’égard des moyens de contraception. En occident, plus de 95%  des fidèles considèrent la doctrine du Vatican sur la contraception comme désuète et ne se tracassent absolument pas dans leur vie de tous les jours de ces interdits.

Le Synode n’accepte toujours pas la liberté de conscience dans le domaine de la contraception. Déjà en 1968, les évêques belges déclaraient que quelqu’un peut arriver à d’autres conclusions que celles préconisées par l’Encyclique Humanae vitae et que, dans ces conditions, « il est en droit de suivre en ce domaine sa conviction ». Le pape Paul VI n’avait pas apprécié cette échappatoire à ses yeux inacceptable.

Du point de vue pastoral, quel est le prêtre qui oserait dire à des jeunes fiancés qui se préparent au mariage : si vous souhaitez espacer les naissances, sachez que l’Eglise continue à considérer comme intolérable l’utilisation de moyens de contraception ? Ce n’est pas comme cela que les choses se passent. Il y a un dialogue, on parle de respect et de dignité de l’homme et de la femme, on parle de programmation des naissances, on parle de paternité et maternité responsables,… Mais on oublie Humanae Vitae et ses condamnations. Quand on sait que l’Eglise anglicane a admis dès 1930 les moyens de contraception, on reste perplexe devant tant d’aveuglement des prélats au sein du Synode.

En ce qui concerne les époux séparés ou divorcés (civilement) le Synode revient sur des déclarations juridiques de nullité de mariage. Généralement ces personnes ont conclu un mariage religieux en connaissance de cause et ont eu des enfants. Elles ne sont guère disposées à remuer le passé lors d’une défense à faire devant un tribunal religieux. A nouveau, l'Église examine la validité des mariages seulement au moment où ils furent contractés, mais elle refuse de se prononcer quand un mariage, estimé valide à l'origine, est devenu par la suite une torture, voire un enfer, pour l'un ou l'autre des époux. C’est faire passer le droit avant les personnes. Aucune orientation marquée n’est prise au sein du Synode pour admettre un divorce, même si l’un des deux conjoints a subi des actes de violence.

A propos des divorcés remariés, la rivalité entre évêques conservateurs et progressistes sera rude entre les deux Synodes (2014 et 2015): l’accès aux sacrements sera-t-il accordé sans trop de condescendance ou le refus persistera-t-il ? La voix des fidèles n’a pas d’importance dans cette querelle, même si 80% d’entre eux sont en faveur de l’accès aux sacrements.

On est donc curieux d’apprendre comment le pape va agir durant la mi-temps. Laissera-t-il les deux tendances, celle de Kasper et celle de Müller, s’affronter pour ensuite trancher ? Ou veut-il voir laquelle va l’emporter sans trop s’impliquer ?

Il semble plutôt que le pape François soit décidé à faire le ménage en écartant le plus grand nombre de prélats, qui s’opposent à sa volonté de rendre l’Eglise plus humaine, plus miséricorde et moins doctrinaire, afin d’obtenir du Synode 2015 des conclusions plus conformes à ses projets.

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