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Le christianisme est-il une religion de paix ?

 

Il convient de s’interroger

Dans un monde où la violence physique ou morale est habituelle, où les religions sont pointées du doigt, on est en droit de se poser la question de savoir si celles-ci sont source de paix ou de sauvagerie ? De trop nombreux éléments ont tendance à orienter la réponse vers la seconde hypothèse, celle de la violence. A tel point que d’aucuns estiment que rien n’est pire que les guerres de religion.

En ces périodes troublées, contentons-nous d’examiner au moins le cas du christianisme. Son histoire est parsemée à la fois d’actes empreints d’humanité et de comportements particulièrement belliqueux. Les chrétiens qui se sont comportés comme des barbares ont-ils appliqué l’enseignement de Jésus et des premiers apôtres ? Car de deux choses l’une, ou bien ces textes fondateurs incitent à la sauvagerie, et dans ce cas ils sont effectivement à l’origine de ces comportements infamants, ou bien ils prônent la paix et la tolérance, et dans ce cas  les hommes qui s’en prévalent pour justifier leurs actes brutaux les trahissent dans les faits.

Sur les sites Internet, certains auteurs d’articles affirment que la violence physique est préconisée dans les Evangiles. Si les chrétiens, poursuivent-ils, ont une histoire peu recommandable et ne se sont pas montrés pacifiques, la raison viendrait de ce qu’ils trouvent en suffisance dans les textes du  Nouveau Testament cet appel à la barbarie. Cette position paraît de prime abord quelque peu contraire à ce que l’on retient généralement quand on parcourt les Evangiles, mais acceptons en la thèse et examinons-la.

Relisons les Ecritures

Mais auparavant, relisons ces écritures. De manière assez cohérente, l’enseignement de Jésus semble se confondre à des gestes de paix et d’amour. Il est basé sur les béatitudes : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, heureux les doux, heureux les affligés, heureux ceux qui ont soif de justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de la paix, heureux les persécutés pour la justice » (Mt 5,3-10). Dans un autre verset Mt, 5,43 «  Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » En conclusion, on convient souvent que ses préceptes se résument en une phrase : « Voici  quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn,15,12).

De plus, il s’avère que jamais Jésus n’a tué un homme ou une femme, il n’a pas recommandé la lapidation, il n’a jamais pris une épée et pourfendu un adversaire, il n’a pas incité au meurtre ni invité ses disciples à éliminer les adversaires. Certes, il n’était pas tendre dans ses paroles à l’égard de certains de ses contemporains, certes ils traitaient ses adversaires religieux de sépulcres blanchis, mais ce sont des paroles et non des actes.  « Malheur à vous, pharisiens, parce que vous négligez la justice et l'amour de Dieu. »  (Lc, 11,42). « Serpents, engeance de vipère, comment pourriez-vous échapper au châtiment de la géhenne? » (Mt 23,33).

On peut s’imaginer que ses disciples ont repris son enseignement dans leurs épitres du 1er siècle. Sont-ce des appels à la brutalité ou à la paix ? Voyons ce qu’ils écrivent. St Paul dans l’épitre aux Romains 12,17-18 : « sans rendre le mal pour le mal (…) en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous… ». Dans l’épitre aux Corinthiens 13,2 : « Quand j’aurais une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. » Dans l’épitre aux Galates  (6,10) « Pratiquons le bien à l’égard de tous et surtout de nos frères dans la foi ». Epitre aux Colossiens 3,12 : « revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience.» Manifestement, ces écrits restent dans la droite ligne de l’enseignement du Maître, pas d’appel à la vengeance, ni d’invitation au massacre.

Il est vrai que les premiers disciples ont eu entre eux des conflits aigus, mais jamais il n’y paraît une quelconque allusion au meurtre.

L’épée du Christ

Il n’empêche que d’aucuns lisent dans les Evangiles des exhortations à la guerre et au crime. Ils se réfèrent notamment et principalement au passage de Mathieu 10,34-36 : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. » Une phrase qui interpelle, dans la mesure où Jésus prônait la paix et l’amour.

Un autre évangéliste, Luc, reprend cette phrase, mais utilise le mot « division » à la place du mot « épée ». Luc 12,51 : «  Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. »  L’épée de Mathieu devient division, l’épée aurait été utilisée à titre symbolique. Jésus avertit qu’il sera cause de division entre les générations, comme le précise aussi Mathieu dans l’extrait (je suis venu apporter la division), mais il ne demande manifestement pas aux familles de se massacrer pour lui par l’épée. Il souligne apparemment le fait que l’ancienne génération serait moins réceptive à son message que la plus jeune génération. D’où les divisions entre père et fils, mère et fille.

Luc utilise lui-même le terme épée dans un autre verset et dans un sens symbolique, quand il fait dire à Syméon s’adressant à Marie qui était enceinte  (2, 34-35) « cet enfant doit être un signe en butte à la contradiction, et toi-même, une épée te transpercera l’âme. » On sait que Marie se trouvera au pied de la croix le cœur transpercé… de chagrin. Point d’épée au sens littéral, point d’arme blanche à double tranchant de 60 cm de long.

L’appel de Jésus à la guerre ne paraît donc pas bien argumenté.

En revanche, des chrétiens ont tué et se sont entretués avec une complaisance inouïe, souvent au nom de Jésus !!! Voilà une vérité incontestable et incontestée.

Au cours des premiers siècles

Durant les trois premiers siècles, les chrétiens ont suivi l’enseignement de Jésus et n’ont pas attaqué ou tué ceux qui ne partageaient pas leur croyance. Dans le livre de Fréderic Lenoir intitulé « Comment Jésus est devenu Dieu » (Editions Fayard, 2010), on peut lire à la page 109, un écrit célèbre, la lettre à Diogène (fin du 2ème siècle) dont l’auteur est resté anonyme : « Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes ni par leur pays, ni par leur langage, ni par les vêtements….Ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier (…). Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre (…). Ils passent leur vie sur terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur la loi. Ils aiment tous les hommes, et tous les persécutent…. »

Arriva l’empereur Constantin

Qu’advint-il ensuite dans les siècles suivants ? Non seulement l’empereur Constantin marque la fin d'une ère de persécutions des chrétiens, mais il permet à l'Église chrétienne de prendre son essor, en établissant la liberté de culte par l'édit de Milan (313), et en plaçant le Dieu chrétien au-dessus de sa fonction d'empereur.

Le christianisme, en devenant la religion de l’Empire romain au ive siècle, donne à l’empereur une autorité qui s’exerce au nom de Dieu. Cette religion devient un élément essentiel de cohésion. Il n’y a plus de place pour les païens qui vivent dans l’Empire romain. Les papes s’approprient le nom de Pontifex Maximus. Les Evangiles sont mis aux oubliettes. C’est le drame du christianisme. On mêla le spirituel et le temporel. Et pour couronner le tout, la fabrique de dogmes se mit en route.

 

Les guerres et les massacres

Sont arrivées quelques siècles plus tard les guerres de religion, épouvantables et honteuses. Ensuite, les affrontements abominables entre des états chrétiens et ce jusqu’au 20ème siècle. Et que dire de la passivité des autorités religieuses face à certains massacres.

Si le christianisme est décrit par l’histoire façonnée par les chrétiens et les catholiques en particulier, il est indéniable que cette religion n’a pas été pacifique, c’est un euphémisme. Par contre, si le christianisme est représenté par les textes fondateurs, il est manifeste que cette religion préconise la paix, la tolérance, la non-violence vis-à-vis de l’ennemi et l’amour du prochain. Des Saint François d’Assise, des Saint Vincent de Paul ou des Père Damien, des Mère Teresa ont été nombreux et restent des exemples évangéliques.

Pourquoi ce paradoxe ?

Le paradoxe vient de ce que, même si ces textes n’appellent pas la guerre, ils n’ont pas empêché des chrétiens de se comporter comme des barbares. La raison ? La raison ? La folie des hommes, leur soif de pouvoir, leur instinct de domination, la peur de l’étranger, leur violence quasi innée, animale. Ajoutons, leur conviction d’avoir raison et leur antiféminisme.

Et dans le futur ?

Ces pages sombres d’histoire sont-elles tournées ? On verra. Car, il a fallu attendre le 20ème siècle pour que Rome se débarrasse des conceptions de l’empire romain, admette la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la liberté de conscience, la liberté de presse, la liberté de culte, … et la laïcité. L’Eglise applique toujours hélas une inégalité homme-femme dans sa structure (l’inégalité est une forme de violence morale). Et sa conversion pour appliquer les préceptes évangéliques n’est pas finie. Le pape François a rappelé que la Curie en est bien éloignée. C’est tout un travail en profondeur qui l’attend, mais aussi dans les formes. Oui, bien sûr les apparences ne sont pas à négliger : on appelle toujours un évêque, Monseigneur (mon Seigneur). Le protocole donne encore la première place au cardinal. Jésus n’a-t-il pas dit (Mc, 9, 35) : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous.» Constantin n’est pas mort. 

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