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La dispense de la loi du célibat

Au début du 20ème siècle, la règle voulait que la dispense de l’obligation du célibat n’était jamais accordée au prêtre catholique, sauf pour des cas individuels extrêmes. Le prêtre qui vivait une relation amoureuse avec une femme devait soit décider de rompre avec celle-ci, soit de vivre clandestinement son amour, soit de quitter l’Eglise. La pression sur l’homme était immense et la désapprobation quasi unanime. Quant à la femme elle se condamnait, dans la mesure où elle acceptait d’avoir une relation suivie avec un prêtre, à une vie cachée, et dans l’hypothèse où elle était enceinte sa situation devenait dramatique.

Après Jean XXIII

C’est le pape Jean XXIII (1958-1962), le pape réputé pour sa bonté, qui voulut modifier la règle, mais son décès prématuré ne lui permit pas de le faire. Dans les années qui suivirent le concile Vatican II, les papes accordèrent de nombreuses dispenses de la loi du célibat. Le prêtre qui avait fait la demande était, par décision du pape, réduit à l’état laïc et pouvait dès lors se marier sacramentellement. Il perdait ses droits de clerc et ses fonctions, il était dispensé de toutes ses obligations sacerdotales.

La dispense représente une faveur, par laquelle le prêtre marié devient libre de ses droits et obligations.

Cette possibilité  donnée à de nombreux prêtres de régulariser leur situation suscita des dizaines de milliers de demandes, plus particulièrement en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Depuis le Concile Vatican II, plus de 100.000 prêtres ont ainsi quitté leur ministère. La grande majorité d’entre eux souhaitait se marier. Cela s’était réalisé dans le plus grand silence, sans ameuter qui que ce soit. Ces prêtres forcés d’abandonner leur ministère quittaient souvent leur région pour refaire une nouvelle vie.

Ce chiffre de 100.000 est à comparer avec le nombre de nombre de prêtres dans l'Eglise catholique ; il est d’environ 400.000, dont 260.000 sont prêtres diocésains et 140.000 des membres de congrégations religieuses. C’est dire que près de 25% d’entre eux ne supportaient plus le célibat et avaient souvent une relation amoureuse.

Après 1980 et 1983

Le Vatican a été épouvanté par ces vagues de demandes de réduction à l’état laïc, comme l’explique la Congrégation pour la doctrine de la Foi le 14 octobre 1980 : « On doit craindre, en effet, qu’une chose aussi grave que la dispense du célibat ne soit considérée comme un droit que l’Église devrait reconnaître à tous ses prêtres sans distinction ». La décision fut prise de réglementer plus strictement la procédure. En dehors du cas du prêtre qui aurait été ordonné sans son libre consentement, la dispense ne serait plus  accordée « qu’aux prêtres qui ont abandonné depuis longtemps la vie sacerdotale ».

Depuis 1980, la dispense n’est plus accordée au prêtre qui vit avec une femme et qui souhaite être réduit à l’état laïc. Ce durcissement conduit la grande majorité des prêtres à ne plus introduire une demande de dispense. Les plus entêtés ne se préoccupent plus de l’Eglise, et décident de quitter l’Eglise sans dispense et de se marier civilement.

Avant le nouveau droit canon de 1983, le prêtre dispensé était interdit de prêcher une homélie, de donner la communion, de remplir des tâches administratives dans les séminaires ou dans les écoles, et il était inviter à aller vivre dans un endroit où il pouvait se faire oublier. Le prêtre qui n’obtenait pas la dispense était quasi excommunié en cas de mariage civil.

Après 1983, le prêtre dispensé (mais la dispense devient très rare) jouit de tous les droits d'un laïc et à ce titre a la possibilité de participer à la pastorale paroissiale, par exemple en cas d’urgence il est habilité à donner le baptême, à distribuer la communion, il peut avec l’autorisation présider les services funéraires. En cas de danger de mort, tout prêtre, même dépourvu de la faculté d'entendre les confessions, absout validement de tous péchés tout pénitent.

En 1983, le Code du droit canon modifia la sanction : le prêtre qui sans avoir reçu la dispense contracte un mariage civil n’est plus excommunié, mais est suspendu et interdit de fonction officielle.

En conclusion, même si la dispense devient rare, l’Église peut toujours dispenser du célibat qu’elle a elle-même imposé à ses prêtres. Le droit canon précise que la perte de l'état clérical ne comporte pas la dispense de l'obligation du célibat, qui n'est concédée que par le seul Pontife Romain. En général, le prêtre peut se marier. Mais, en le dispensant du célibat, l’Église lui demande de ne plus exercer son sacerdoce, bien qu’il demeure prêtre pour l’éternité.

Pour l’Eglise, même suspendu, le prêtre reste prêtre, l’état sacerdotal lui colle à la peau. En effet, le droit canon stipule que l'ordination sacrée, une fois validement reçue, n'est jamais annulée. Un clerc ne peut perdre l'état clérical par rescrit du Siège Apostolique qu’exceptionnellement pour des raisons très graves. En dehors de ce cas, quand on sait que même les prêtres pédophiles ne sont pas réduits à l’état laïc, on perçoit la position intransigeante de Rome.

Les dispenses étant actuellement devenues très rares, les prêtres sont obligés soit de s’éloigner définitivement de l’Eglise s’ils sont publiquement en relation avec une femme, soit de vivre leur relation dans la clandestinité. Même dispensés, ils ne peuvent pas faire un mariage religieux, sauf s'ils obtiennent de Rome une "réduction à l'état laïc". Celle-ci n'est quasi plus accordée, alors qu'elle était fréquente il y a quelques années. De même, ils sont révoqués de tout office ecclésiastique s’ils contractent un mariage civil.

Il existe une Fédération Internationale des Prêtres Catholiques Mariés qui dispose d’un site internet qui permet à chacun de connaître ses objectifs.

Les vraies dispenses sont accordées aux prêtres anglicans et aux pasteurs protestants qui intègrent l’Eglise catholique

Le grand paradoxe, c’est de constater que l’Eglise catholique accorde des dispenses de célibat à quelques centaines de prêtres anglicans ou de pasteurs convertis mariés. Ceux-ci sont ordonnés (réordonnés) prêtres et sont intégrés dans l’Eglise catholique comme prêtres mariés. C’est une réelle dispense de célibat, toute différente de la dite dispense de célibat donnée aux prêtres catholiques. Pendant 20 ans, Jean Paul II a permis plus de deux cents ordinations d'hommes mariés, le plus souvent pères de famille, anciens pasteurs protestants ou anglicans convertis au catholicisme.

Le Saint-Siège a publié le 9 novembre 2009 la constitution apostolique Anglicanorum coetibus (pour les groupes d’Anglicans) permettant de créer des diocèses pour les anglicans prêtres et laïcs désirant entrer en communion avec l’Eglise catholique. Le responsable du diocèse peut présenter à l'approbation de Rome, au cas par cas, l'admission d'hommes mariés à la prêtrise, en dérogation au canon 277 du droit canonique. Le Saint-Siège leur permet de garder leur liturgie,

Ces dérogations prouvent que le célibat n’est pas lié intrinsèquement et fondamentalement à la prêtrise.

Des prêtres mariés catholiques existent aussi dans les Eglises orientales

Dans les églises orientales unies à Rome on ordonne prêtres des hommes mariés, c’est le cas par exemple des églises de rite byzantin, ukrainien, maronite ... Il y a ainsi environ cinq mille prêtres orientaux catholiques mariés.

Les prêtres catholiques mariés ordonnés clandestinement durant la période communiste 

L’Eglise catholique s’est trouvée confrontée, au lendemain de la chute des régimes communistes, à l’existence de prêtres mariés catholiques.

Pour éviter que les prêtres ne soient déportés, et donc pour éviter d’être repérés par la police, les évêques accordèrent l’ordination à des hommes mariés.

En 1992, le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, dut résoudre le cas de ces 80 prêtres et quatre évêques, tous mariés. Comment intégrer dans l’Eglise catholique un clergé marié, alors que l’ordination de prêtres mariés est interdit ?

 La solution trouvée fut, d’ordre juridique, on les intégra dans une juridiction gréco-catholique taillée sur mesure. Environ une vingtaine de tchèques ont ainsi été incardinés dans l'Exarchat gréco-catholique de Prague.  Rome a demandé aux prêtres d’être ordonnés sub conditione ( sous condition) selon la terminologie ecclésiastique (réordonnés en quelque sorte).  Une trentaine de prêtres ont refusé cet arrangement et les autres sont retournés à l’état laïc.

On peut se poser la question des raisons qui déterminent un traitement différent entre ces prêtres catholiques mariés qui sont poussés vers une entité gréco-catholique et les  pasteurs protestants mariés qui sont intégrés dans l’Eglise catholique.

Le droit passe avant la personne

A propos du célibat ecclésiastique et dans ses relations avec ses prêtres, l’Eglise ne regarde que le droit. La personne ne compte pas. Le prêtre a conclu un contrat avec elle et il n’est pas question de le modifier. La dispense de célibat que l’Eglise accorde à ses prêtres n’est pas une réelle dispense.

Que conclure? Si la hiérarchie de l’Eglise a le droit avec elle, mais si elle n’a pas l’amour, elle n’est rien, dirait Saint Paul aujourd’hui (voir 1ère épitre aux Corinthiens 13, 1-7).

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Liens Sites Web

Les sites Web portant sur les changements demandés dans l'Eglise catholique sont principalement édités en langue anglaise. On a cependant ce site édité également en français.

Les apôtres étaient-ils mariés?

Les évangélistes, s’ils évoquent les noms des apôtres, ne parlent pour ainsi dire pas de leur famille. Il n’y avait pas intérêt d’ailleurs à préciser que tel ou tel apôtre était marié et à mentionner l’état civil de chacun. C’est d’ailleurs tout à fait incidemment que l’on apprend que Pierre (Simon) avait une belle-mère, non pas parce que cela aurait été insolite d’avoir une belle-mère quand on était disciple de Jésus, mais simplement parce qu’elle fut guérie par Jésus. Les trois évangélistes rapportent la même histoire, dans une section narrative racontant une série de miracles de Jésus. Si la belle-mère de Pierre n’avait pas eu de la fièvre, on aurait pu nous faire croire que tous les apôtres étaient célibataires. C’est inouï, mais c’est ainsi. On apprend aussi que Pierre avait une maison et qu’il n’avait donc pas tout quitté pour suivre Jésus.

La dispense de la loi du célibat

Au début du 20ème siècle, la règle voulait que la dispense de l’obligation du célibat n’était jamais accordée au prêtre catholique, sauf pour des cas individuels extrêmes. Le prêtre qui vivait une relation amoureuse avec une femme devait soit décider de rompre avec celle-ci, soit de vivre clandestinement son amour, soit de quitter l’Eglise. La pression sur l’homme était immense et la désapprobation quasi unanime. Quant à la femme elle se condamnait, dans la mesure où elle acceptait d’avoir une relation suivie avec un prêtre, à une vie cachée, et dans l’hypothèse où elle était enceinte sa situation devenait dramatique.

Des religieuses violées par des prêtres

Soeur Maura O’Donohue a rédigé en 1994 un dossier transmis au Vatican dans lequel elle faisait part du comportement de prêtres qui ont obligé des religieuses à avoir avec eux pendant des années des relations sexuelles. C’est à la fin des années 80, que soeur Maura O'Donohue, religieuse médecin, prit ses fonctions de coordinatrice pour le sida au sein du Fonds catholique de développement outre-mer, organisme britannique membre de la Confédération Caritas. Elle recueillit durant six ans des informations auprès de médecins, de missionnaires, de religieuses et de prêtres. Les découvertes qu’elle fit furent pour le moins ahurissantes.

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