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Des religieuses violées par des prêtres

Soeur Maura O’Donohue a rédigé en 1994 un dossier transmis au Vatican dans lequel elle faisait part du comportement de prêtres qui ont obligé des religieuses à avoir avec eux pendant des années des relations sexuelles.

C’est à la fin des années 80, que soeur Maura O'Donohue, religieuse médecin, prit ses fonctions de coordinatrice pour le sida au sein du Fonds catholique de développement outre-mer, organisme britannique membre de la Confédération Caritas. Elle recueillit durant six ans des informations auprès de médecins, de missionnaires, de religieuses et de prêtres. Les découvertes qu’elle fit furent pour le moins ahurissantes.

Son premier rapport révélait la situation dramatique des membres de certaines congrégations religieuses féminines, situées principalement en Afrique. Les 23 pays concernés étaient les suivants : le Botswana, le Burundi, le Ghana, le Kenya, le  Lesotho, le  Malawi, le  Nigeria, l’ Ouganda, l’Afrique du Sud, la Sierra Leone, la Tanzanie, la Zambie, le Zaïre (aujourd’hui RDC), le  Zimbabwe, le Brésil, la Colombie, l’Inde, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Philippines, le Tonga, mais également les Etats-Unis, l’ Irlande et l’Italie.

Ce sont des évêques, des directeurs spirituels, des aumôniers, des prêtres qui ont violé des religieuses et qui les abandonnaient lorsqu’elles tombaient enceintes. Soeur Maura O'Donohue rapporte les raisons qui poussaient les prêtres à ces ignominies et humiliations : «  Avec tristesse, ces religieuses déclarent qu’elles ont été abusées sexuellement par des prêtres parce que ces derniers en étaient venus eux aussi à craindre la contamination du virus en fréquentant les prostituées ».

Dans certains pays d’Afrique, le nombre de prêtres contaminés par le VIH atteignait un taux d’infection de 13% du clergé diocésain. Le raisonnement de ces clercs était de considérer que les risques étaient  moindres de contracter le Sida avec des partenaires « sûres » vivant en communauté fermée.

Absence de réaction

Ce rapport remis au Vatican en 1994 ne fit pas bouger la Curie romaine. C’était au temps du pape Jean-Paul II et du cardinal Ratzinger. La loi du silence dominait. Les actes de prêtres obsédés par le sexe ne devaient  pas perturber l’Eglise.

Pourtant, il y avait de quoi réagir. Dans ce même rapport le Dr Maura O'Donohue signale qu’une communauté religieuse catholique a eu 29 religieuses tombées enceintes par des prêtres. La religieuse supérieure s'en était plainte auprès de son archevêque: elle a été démise de ses fonctions.

Dans un autre couvent, ce sont 20 religieuses également enceintes des oeuvres de prêtres qui furent renvoyées de leur communauté.

Un second document remis en 1995 par Maura O'Donohue rapporte l'histoire d'une religieuse enceinte qui avait été forcée par le prêtre de se faire avorter. L’opération tourna mal, elle décéda. Le prêtre qui l'avait mise enceinte célébra, en qualité d’aumônier de la congrégation religieuse, la messe de funérailles.

Le sort des sœurs qui donnaient naissance aux enfants conçus par les prêtres était misérable.  «La religieuse doit assumer seule la charge de l’enfant, souvent dans un climat de grande honte et dans des conditions socio-économiques misérables, racontait encore sœur O’Donohue. Dans plusieurs pays, ces femmes ont été forcées de devenir la deuxième ou la troisième épouse dans une famille en raison de la perte de leur statut. L’autre solution, pour survivre, est de faire le trottoir. »

Maura O'Donohue dénonce l'hypocrisie de l’Eglise qui renvoie les religieuses enceintes et se contente, dans le meilleur des cas, de réprimander certains prêtres, mais aucun de ceux-ci ne dû renoncer à la prêtrise.

En 1998, Marie McDonald, la mère supérieure des missionnaires de l'ordre des Our Lady of Africa, a présenté, elle aussi, un rapport dénonçant les abus et les viols systématiques. Des religieuses étaient obligées de prendre la pilule et, il est arrivé, selon le quotidien romain La Republica qu’on ait eu recours à l'avortement.  La religieuse précise que si l’accent semble mis sur les cas survenus en Afrique, « c’est parce que le groupe à l’origine du rapport s’est basé sur son expérience et s’est documenté dans les congrégations religieuses qu’il connaissait bien sur ce continent »,  entendant par là que le drame peut se retrouver ailleurs.

Un responsable ecclésiastique expliquait à sœur O’Donohue « Le célibat signifie qu’un prêtre ne se marie pas, mais pas qu’il n’a pas d’enfants. »

La curie romaine fit toujours la sourde oreille. Tant que les media ne savent rien, le Vatican ne bronche pas. L’omerta.

Les medias s’en mêlent

Mais en mars 2001, l'hebdomadaire américain National Catholic Reporter a révélé ce scandale au monde entier en publiant une synthèse des rapports alarmants remis aux autorités vaticanes depuis le milieu des années 90.

Le porte-parole du Saint-Siège a reconnu les faits, mais il a cherché à les minimiser : « Le problème est connu et concerne une zone géographique limitée ».

C’est à ce moment là que l'agence Reuter annonce également la nouvelle : « accusé d'entretenir une conspiration du silence autour de cas d'abus sexuels dans les couvents, notamment en Afrique, le Vatican a reconnu l'existence d'une série de scandales ».

Les faits que rapportait sœur Maura O’Donohue confirmaient aussi ceux d’un prêtre américain Robert J. Vitillo, directeur de programme à Caritas. Celui-ci a dénoncé la désinvolture de la hiérarchie ecclésiastique : « Les tentatives fréquentes de soulever ces questions avec l’Église locale et universelle n’ont rencontré que des oreilles de sourds ».

A New-York et à Washington plus d’une centaine de congrégations de religieuses et d’institutions des droits humains et des droits des femmes a manifesté, exigeant une enquête indépendante sur ces abus.

Informé de ces comportements,  le Parlement européen  a pris d’urgence une résolution en avril 2001 demandant que le Saint-Siège instruise avec sérieux toutes les plaintes faisant été d’abus sexuels, et de coopérer avec les autorités judiciaires. Il demande aussi au Saint-Siège de réintégrer les responsables féminins qui ont été congédiés pour avoir attirer l’attention de leurs supérieurs de ces abus et d’apporter aux victimes la protection nécessaire et la réparation pour toute discrimination qui aurait pu s’ensuivre.

Les comportements des prêtres démontrent la conception machiste dans l’Eglise. L’exploitation sexuelle des religieuses s’explique évidemment par la difficulté d’appliquer le célibat, mais aussi par l’esprit de domination des mâles vis-à-vis de femmes considérées comme des êtres inférieurs. Que l’Eglise se soit tue devant l’exploitation sexuelle de centaines de religieuses reste un scandale. Le Dr O’Donohue  explique bien cette attitude : « Le statut inférieur des femmes dans la société et dans l’Église est un facteur à considérer. On leur a appris à s’estimer inférieures, à être soumises et à obéir. Il est compréhensible, alors, qu’une religieuse trouve impossible de résister à un membre du clergé qui lui demande des faveurs sexuelles. Ces hommes sont vus comme des figures d’autorité à qui l’on doit obéir. De plus, habituellement plus instruits, ils ont reçu une formation théologique beaucoup plus avancée que les religieuses. Ils peuvent user d’arguments théologiques spécieux pour justifier leurs demandes et leur conduite. »

Minimiser les problèmes

Pour le Vatican ces faits doivent être relativisés. Si le porte-parole du Saint-Siège évoque une zone géographique limitée, principalement l’Afrique sub-saharienne, il n’a pas osé dire aussi qu’il s’agit pour le Vatican d’un faible pourcentage de religieuses.  Le rapport de sœur 0’Donohue ne concerne finalement quelques centaines de religieuses, sur les 700.000 religieuses dans le monde.

Géographiquement et statistiquement, ce raisonnement est sans doute correct, mais n’est-ce pas une raison supplémentaire d’aider celles qui ont subi ces outrages, celles qui ont été mises à la porte des couvents ? Pourquoi faut-il  toujours que l’Eglise ignore les victimes des abus sexuels de ses prêtres ? On l’a vu pour les victimes des prêtres pédophiles. L’Eglise ne réagit que sous le couteau des medias ou de la justice sous la gorge.

Peut-être craint-elle que toutes les religieuses qui auraient subi le harcèlement de prêtres ne se manifestent. ? Car, à l’évidence, un rapport comme celui de la religieuse O’Donohue n’a pu mettre en évidence que le sommet de l’iceberg.

Si l’on ajoute en conséquence les religieuses qui se sont tues, qui ont vécu  leur drame dans la clandestinité, celles aussi qui ont sans doute accepté voire favorisé une relation sexuelle avec des prêtres ou des aumôniers, enfin celles qui avaient l’âge canonique permettant ces relations sans risque de procréation, ce ne sont pas quelques centaines, mais quelques milliers, voire dizaine de milliers. Certes, 35 mille religieuses qui n’auraient pas respecté leur vœu de célibat, ce ne serait que 5% d’entre du nombre total. Quand on sait que chez les prêtres, le nombre qui ne respecte pas le célibat chaste est de 50%, l’Eglise peut toujours minimiser le problème des religieuses.

Non vraiment, pour parler le langage de la hiérarchie ecclésiale, il n’y a pas lieu que les hommes célibataires régissant l’Institution se préoccupent de la sexualité active de ces femmes consacrées au Seigneur. Elles ont la chance en tant que femme de ne pas produire de testostérone qui perturbe tant les mâles. Et si jamais un nombre significatif  d’entre elles ont des relations lesbiennes, chose connue, le risque que cela vienne sur le tapis des media est minime. L’Eglise est heureusement à l’abri des scandales que pourraient provoquer les nonnes.

Tous ces dommages, causés par quelques centaines de prêtres qui ont été mis en évidence, ne doivent surtout pas nous empêcher d’admirer le travail remarquable des religieuses auprès des millions d’êtres humains, généralement les plus déshérités de la terre. Elles appliquent l’enseignement de Jésus avec un dévouement exemplaire. Mille mercis à toutes pour ces actes de courage quotidiens.

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